vendredi, août 09, 2013

LA PIEUVRE - un chef d'oeuvre Anti-mafia


C'est mon ami Roger Lecomte, Auteur du Faux conte médiéval: http://www.lulu.com/shop/roger-le-conte/le-faux-conte-medieval/ebook/product-17393527.html qui m'avait envoyé quelques photocopies de pages extraites de "La pieuvre".

Ayant appris que m'intéresse à Aldo Moro, il pensait que cet ouvrage pouvait également attirer mon attention, vu que Moro y apparaît. En effet, ces premières pages me fascinaient tout de suite. Je me suis acheté "La pieuvre" et depuis, ce livre ne me lâche plus.

"la pieuvre" raconte l'histoire de la lutte contre la Mafia entre 1978, l'année de l'enlèvement et de la mort d'Aldo Moro,  et 1992  l'année des attentats contre Giovanni Falcone et Paolo Borselino.
L'ouvrage met en scène les principaux acteurs de cette période, avec une précision historique époustouflante.
Giovanni Falcone (à gauche)
 Le scénariste Manfredi Giffone n'a pas oublié le moindre détail. C'est  un travail titanesque de recherche et documentation que lui et ses deux collaborateurs ont  réalisés, avec une passion qui se ressent tout au long de la lecture.
 Mais Le tout n'est pas juste une BD documentaire et surtout pas une du genre des "belles histoires de l'Oncle Paul".

Les auteurs ont eu l'idée de faire raconter l'histoire sous forme d'un jeu de théâtre de poupées animaliers, animées par le conteur Mimmo Cuticchio. Ce dernier nous prend par la main et nous emmène dans le monde de ses marionnettes. On se croirait plongé dans un conte ancien, surréaliste, et pourtant - tout est vrai. Ce mélange de poésie  et de réalité -  réalité abominable -  crée un effet fascinant et terrible à la fois !

Les belles aquarelles et lavis d'Alessandro Parodi  et Fabrizio Longo  donnent la vie aux "jeu" des marionnettes et à la narration de Cuticchio. Tout est fait à la main. Souvent, on voit les crayonnées et la couleur qui déborde des cases - un festin pour tous les yeux excédés par le graphisme numérique.
Les Animaux ont été choisis avec grand soin, cela se voit. On reconnait les personnages historiques du premier coup, malgré leurs traits de bêtes. Giuliano Andreotti par exemple: Il est une Chauve-souris:  Avec son regard  glacial et son petit sourire dégoûtant, il est démasqué comme un homme du pouvoir sans scrupules.
Le juge Giovanni Falcone, un des personnalités à qui cet ouvrage est dédié et à qui il rend hommage, est un matou joufflu qui séduit avec son regard expressif. Borselino, son compagnon de toujours, est un chien genre terrier écossais.
Aldo Moro en captivité.

Aldo Moro est un Blaireau. 
Une charmante idée, car les couleurs de son pelage correspondent bien à celle de sa chevelure humaine, avec la fameuse mèche blanche sur la tête.
A l'heure de la mort de Moro, à la place d'une scène meurtrière, les auteurs le montrent (sa poupée) dans les mains du narrateur qui le porte doucement vers le coffre de la Renault, comme pour le coucher au repos, tandis que les tristes paroles d'Aldo, issues de ses lettres écrites en captivité,  continuent le récit. Personnellement, j'ai trouvé cela infiniment attendrissant. Une manière sensible et innovatrice de traiter le sujet.
Mais ce n'est pourtant pas pour autant que les scènes des violences nous sont épargnées: les meurtres, les tueries à en plus finir de la Mafia  cognent dans l'estomac. Souvent des personnages apparaissent - rien que pour être assassinés quelques cases plus tard. Cela rend la lecture, la compréhension de l'ensemble parfois difficile, car  il manque le temps de se familiariser avec les personnages et leur rôles. 

Restent les principaux acteurs du Pool Anti-mafia - Falcone et Borselino. Leur combat est raconté de manière passionnante.
La violence dans cet ouvrage n'est pourtant jamais gratuite. Le thème n'était pas juste un prétexte  pour créer une BD sanguinaire. la bestialité montrée est d'autant plus poignante.
Elle connaît son apogée émotionnelle dans les meurtres de Falcone et de ses compagnons (dont sa femme). Le lecteur qui a accompagné sur de longues pages sa lutte acharnée, ses victoires, ses échecs et sa solitude de "mort en sursis" devra assister à la fin horrible d'un héros -  un vrai. Borselino le survivra d'un mois. Une periode entre le deuil et la poursuite du combat, que le livre nous fait vivre avec une tristesse infinie, une pesanteur à peine supportable. Le récit se termine avec les images de l'hécatombe de la bombe à la Via Mariano D’Amelio. Une fin sans espoir, si elle n'était pas suivie des images évocatrices d'enfants jouant au ballon dans la rue. Tout comme jadis le petit Giovanni et soin ami Paolo...
Violence sans pitié.

Même si peut avoir spontanément envie de caresser ces animaux-poupées - du moins les rares "bons", La pieuvre n'est pas une BD anthromorphique au sens classique. Fort heureusement! Que ceux qui ont horreur des "furries",  parce que les peluches dans des situations adultes, ça  les perturbe, soient rassurés: La pieuvre est tout sauf du kitch en fourrure.

Les auteurs ont tout fait pour rendre accessible cet ouvrage même à un public non avisé en la matière. Les personnages sont bien présentées et expliquées dans leur contexte historique. Mais je reconnais que  ceux qui ne se sont jamais préoccupés de la matière auront peut-être un peu de peine à "rentrer" dans ce qui semble être un affaire purement italienne. Ce ne l'est pas. N'oublions pas que la dénommée pieuvre a ancrée ses tentacules partout en Europe et aux USA. Et les thèmes comme Gladio, la loge P2, les affaires financières louches d'un certain Sindona sont internationales et nous concernent tous.
Donc même si à priori, le sujet en soi  - la Mafia sicilienne, l'Italie des années 70-80, ne vous dit pas grand chose, lancez vous à l'aventure de la lecture de cet ouvrage unique en son genre.
La pieuvre, fruit de 7 ans de travail est un chef d'œuvre et déjà un grand classique du roman graphique. Un magnifique hommage artistique aux hommes courageux qui se sont opposées à la Mafia, au mépris de leur vie.

La pieuvre, sur Amazon: 

Version originale en italien: "Un fatto umano"


samedi, juillet 27, 2013

Tisser Du Lien en Mode Vosgien

Et le voilà sorti, le fruit de 8 mois de travail en équipe !

Je vous présente fièrement :  "Tisser du Lien en Mode Vosgien".


De la création de Qwertz, le petit extra-terrestre en passant par nos voyages à travers les Vosges hivernales, à la rencontre des divers associations qui nous accordaient un entretien - ce fut une merveilleuse aventure.  Le résultat est un portrait non-exhaustif de la vie solidaire et associative dans les Vosges - garni avec beaucoup d'humour, parfois même tout à fait audacieux.
En annexe il y a même des pages de jeux. 

C'est un ouvrage unique en son genre. Pour l'obtenir, il suffit d'utiliser le bouton paypal ci-bas. Le livre en soit est gratuit, vous payerez  juste 4,00 pour les frais d'envoi. Donc pour le commander, c'est ici:


mardi, mai 14, 2013

Kennedys Vendetta Deutsch

Since this entry is about a German Book, I will make it in German ;-)


So, nach einiger Zeit ist nun auch die deutsche Version von Kennedys Vendetta erschienen. Es war deutkich mühseliger als die französische, immer wieder fand ich Fehler, zwei mal musste ich das PDF korrigieren, als es schon beim Drucker war. Es haben sich deutliche Ermüdungserscheinungen bei der Arbeit an diesem Projekt gezeigt. Ich werde einen Weg finden müssen, dieses Phänomen  beim Nachfolgeband irgendwie zu umgehen.


Das ist das Cover. Es unterscheidet sich von der französischen Ausgabe, da ich mal eine andere Ästhetik ausprobieren wollte. Aber der Inhalt ist der selbe, nur halt auf Deutsch.

Inhaltlich ist es sicher eines meiner reifsten Werke.

Wer es sich gönnen will, kann auf diese Seite gehen: http://www.john-f-kennedy.eu/allemand/vendetta.htm

Dort gibt es einen Link zu Previews, also mit Leseproben.






jeudi, mai 09, 2013

May 9, 1978


*Warning* Sentimental content. ;-)

I'm traditionally doing this for JFK, so I'm doing it for him, too:   
Mentioning his birth- and death day observances in this blog -  along with some personal thoughts.

Aldo Moro  died today, 35 years ago, on may 9, 1978.
He was killed by the gunfire of his kidnapper.

I was 12 years old back then. It was a difficult time in my life, for I was in the middle of puberty which I hated and which I felt did came much too early. 
My eyes opened toward the world and what they saw was ugly and frightening. It was the time of the left-extremist terrorism and  the time of ongoing, reckless destruction of Nature .
I was a shy child and didn't talk much about my inner feelings that time.

I also remained mostly silent when the magazines and newspapers displayed the Photos of abducted Aldo Moro, 
First, those showing him  in captivity. There was this one where he still tries to smile:



I then thought in my silly mind that the whole thing was not that bad, that they (the terrorists)  will treat him well. Would he smile otherwise?
I was deeply moved by his gentle face. How could  you do any harm to this man?  I was somehow confident they will release him, for life is just and would not permit any other outcome than Aldo Moro being free and happy for the rest of his days.
Then I saw the photo where he looks sore and traumatized  and I understood that he was truly suffering.  
And then in May, came the  last one where he lays dead in the trunk of the car, surrounded by the people.

Magazines didn't bother about notions of  decency back then. They would print double paged color photos of bleeding corpses after a terrorist shooting.  Compared to that, the photo of dead Aldo was even pretty "harmless", for its not a "bloody" picture. The man seems to sleep. But it was everything but harmless to me. 

Italy had played a big role in my childhood. We were often there. I knew that there were a lot of ugly things in Italian reality (Mafia, poverty, injustice...) but Italy was always something like a piece of paradise to me.

I remember my mother sighing: "Oh no, they killed Aldo Moro, he was such a good man. He cared for the poor." 
I didn't had the words that would match my feelings. To the outside, I must have given the impression as if the whole affair  was none of my concerns. That was wrong.

I went to realize that the world is a big pile of Crap.  It's just not true that the good will always win. Cruelty and injustice  win.
I know that if I've told my mother or my friends about my  feelings, they would  have comforted me. But I couldn't.  I was speechless.



Today,  35 years later, Aldo Moro is mostly forgotten outside Italy. And I am recovering from being speechless.
The enchanted Italy of my childhood died together with Aldo Moro, that day. 
Now, so many years later, every time I look at photos of him, It's as if I could see a faraway glow from that lost paradise, deep in his eyes.  A sad greeting from a vanished world. This may be the reason why I try so hard to catch it with my pencils and colors.

...But just as the song says, I may as well as try to catch the wind.